La vie est Rencontre
Rencontre avec Soi-même
Rencontre avec Autrui
Rencontre avec les Etres divins
Rencontre avec les esprits des Eléments
Rencontre avec les êtres de la Nature
Rencontre avec les esprits des Aliments
Rencontre avec les Evénements.
§1
La rencontre, une reliance avec le divin,
une initiation.
Toute initiation – quel qu’en soit le degré – est une rencontre :
une rencontre entre notre « Je » et le Divin.
Ainsi dans les anciens centres de Mystères…
Ainsi dans l’Anthroposophie, ce chemin qui relie l’esprit qui est en l’Homme à l’Esprit de l’Univers – comme le disait Rudolf Steiner son fondateur…
Ainsi dans la Messe telle qu’elle fut enseignée à ses disciples par le Christ ressuscité qui la structura suivant les quatre grands aspects des anciens Mystères – comme nous le dit encore Steiner…
La Messe – telle qu’elle fut comprise à l’origine – est, en fait, une rencontre entre l’Homme et le Christ qui se déroule en quatre grands temps : la Parole évangélique / Le sacrifice ou Offrande / la Transsubstantiation / La Communion.
Voici ce qu’en dit Rudolf Steiner dans sa conférence du 13 avril 1922 intitulée : « Les enseignements du Christ ressuscité » (extrait de « Mystère Solaire . Mystère de la mort ; exotérisme et esotérismes chrétiens » – GA 211 – EAR) (1)
Au début de sa conférence, il nous dit que le Christ en passant par la naissance et la mort a pu nous enseigner sur ces deux énigmes auxquelles nous ne pouvions trouver de sens. Il dira ensuite :
<< Les mystères que le Christ ressuscité confiait à ses disciples, révélaient encore qu’il y avait eu, chez les humains, un savoir matériel, un savoir métabolique sublime. On voulait alors réveiller cet ancien savoir dans un certain but. Mais on ne voulait le faire ni de la même manière que l’humanité primitive, ni de la manière dégénérée des consommateurs de hachisch et autres drogues. On voulait le faire autrement. On donna la communion aux fidèles sous les espèces du pain et du vin, on enroba le Mystère du Golgotha dans certaines formes cultuelles, dans un culte, dans certaines formules mantriques et surtout dans la structure du mystère de la manifestation, du sacrifice, de la transsubstantiation et de la communion. A la place d'un poison, on donna la communion aux fidèles en enveloppant d'abord celle-ci dans ce qui émane du sacrifice de la messe, dans ce qui émane de la substance de la quadripartition de la messe : l'Evangile, le Sacrifice, la Transsubstantiation et la Communion. C'est après la Communion, après la fin de la quatrième partie de la messe, que devait avoir lieu la communion des fidèles. On voulait donner au moins un point d'appui à l’acquisition d'un savoir qui mène à ce qu'on obtenait d'une façon instinctive par l'ancien savoir métabolique. De nos jours, il est difficile de nous faire une idée de ce savoir par le métabolisme. Nous n'avons aucune idée combien un oiseau, par exemple, ou un chameau, un quelconque animal qui vit entièrement dans son métabolisme, sait plus que nous. Naturellement ce n'est pas sous une forme intellectuelle, abstraite, rationnelle, mais d'un savoir nébuleux, onirique. Ce que l'être humain primitif savait par son métabolisme a dégénéré aujourd'hui C'est pour montrer la voie vers la connaissance de ce qui est éternel dans l'Âme humaine que le sacrifice de la messe fut tiré des premiers enseignements chrétiens.
<< Jadis, lorsque le Christ ayant passé par la mort instruisait ses disciples initiés, personne n'aurait pu acquérir par lui-même ce savoir. Mais le Christ l'enseigna, et d'une certaine façon ce savoir resta vivant au cours des quatre premiers siècles chrétiens. Puis il se sclérosa dans l'église catholique romaine, qui conserva le sacrifice de la messe mais n'en avait plus aucune interprétation vraie. Le sacrifice de la messe, vu comme la continuation de la Cène telle qu'elle est décrite dans la Bible, n'a naturellement aucun sens à moins qu'on y interprète un sens. La messe, avec son merveilleux culte et son imitation des quatre parties des mystères, a été instituée grâce au fait que le Christ ressuscité a donné son enseignement à des personnes capables de le comprendre dans un sens ésotérique élevé. Au cours des siècles suivants il ne resta qu'un enseignement pour ainsi dire enfantin du Mystère du Golgotha. On développa tout d'abord une faculté qui couvrit la connaissance du Mystère du Golgotha. Les êtres humains devaient d'abord s'affermir dans ce qui a rapport à la mort. Ce fut la première civilisation du Moyen Age, il en est resté des traditions. Bien des personnes se rassemblent encore dans bien des sociétés secrètes contemporaines qui ont certains textes dans leurs archives. Pour qui les comprend, et reconnaît de quoi il s'agit, ces textes rappellent les enseignements du Christ ressuscité à ses disciples initiés. Mais, aujourd'hui, les personnes, qui se réunissent dans toutes sortes de franc-maçonneries et autres sociétés secrètes, ne comprennent plus ce qui vit dans ces textes, elles n’en ont pas la moindre idée. >>
R. Steiner poursuit en nous faisant prendre conscience que seule, à notre époque, une science spirituelle découverte en liberté et conscience – loin de toute démarche de connaissance atavique – peut nous relier à l’Esprit de l’Univers.
Où en sommes-nous aujourd’hui dans cette reliance initiatique ? Que nous permet d’acquérir aujourd’hui la science spirituelle anthroposophique ?
Rappelons-nous que la démarche de reliance passe par trois degrés : l’imagination, l’inspiration et l’intuition. Rudolf Steiner avait prévu de donner trois classes, chacun d’elles conduisant à un de ces degrés. « Affaibli » par les tensions au sein de la Société anthroposophique à laquelle il s’était lié physiquement en en prenant la présidence lors du Congrès de Noêl 1923, « affaibli » aussi par le relâchement de son corps éthérique lors de l’incendie criminel du premier Goetheanum dans lequel il avait investi ses forces de vie , il quitta cette Terre avant d’avoir rempli toute sa mission : Itta Wegman dira même qu’elle n’avait jamais vu un être aussi pressé de quitter la Terre.
En dehors des conseils nous donnés par R.Steiner dans « Comment acquérir des connaissances sur les mondes spirituels ou Initiation », que pouvons-nous faire pour entrer en reliance ?
Voilà trois quart de siècle que R. Steiner a quitté la Terre ; que s’est-il passé depuis son départ ? L’Humanité a-t-elle franchi un pas qui nous invite à certaines prises de conscience ?
Pour réponde à cette question , nous pourrions reprendre conscience de ce que R. Steiner nous a dit sur les lignes de forces qui caractérisaient ce qui veut venir vers nous.
*******
A ma connaissance, Rudolf Steiner a précisé trois grands appels
qui sont actuellement adressés à notre Humanité :
le premier appel
Un appel qu’il adressait aux groupes de membres de la Société Anthroposophique. Voici ce qu’il disait dans la conférence qu’il donna à Düsseldorf le 15 juin 1915 lors de la fondation d’une branche ; cette conférence était intitulée : « Communauté au dessus de nous, Christ en nous » (GA 160) (2)
Il nous disait que chaque civilisation est préparée par la précédente ; ainsi – disait-il – notre actuelle cinquième civilisation a été préparée par l’Eglise des catacombes. Quant à la sixième qui vient, c’est aux personnes qui ont accueilli le mouvement anthroposophique de la préparer en cultivant lors de leur rencontre les trois grandes caractéristiques qu’elle est appelée à revêtir ; et ainsi elles pourront offrir aux anges une nourriture qui leur permettra d’inspirer cette sixième civilisation. Quelles sont ces caractéristiques ?
1 << L’homme éprouvera toute souffrance d’autrui comme la sienne propre. Devant un affamé, il éprouvera la faim jusque dans les profondeurs de son corps physique, et avec une telle intensité que cette faim de l’autre lui sera intolérable. Pendant la 6ème civilisation, les choses ne seront plus ce qu’elles sont encore dans la 5ème ; le bien-être de chaque individu dépendra pleinement du bien-être de toute la communauté ; c’est là un trait de caractère moral. Maintenant, le bien être de chacun de nos membres dépend de la santé du corps entier ; lorsque l’homme tout entier n’est plus en bonne santé, aucun de ses membres n’est plus disposer à s’activer. De même pendant la sixième période, un sentiment commun se saisira de l’humanité civilisée, et l’individu ressentira beaucoup plus intensément, en tant que membre de l’ensemble, la souffrance, la détresse, la pauvreté ou la richesse d’autrui. >>
2 << Un second trait foncier sera le suivant : tout ce que nous appelons aujourd'hui les croyances sera dépendant dans une mesure bien plus large qu'aujourd'hui, de l'individualité. La Science spirituelle exprime cela en disant que, dans le domaine religieux – et quelle que soit la religion – une totale liberté de pensée, une ardente aspiration à cette liberté de pensée s'emparera des humains, si bien que tout ce qu'un homme voudra croire, tout ce dont il voudra être convaincu, notamment en matière de religion, tout cela relèvera de la force de son individualité. La communauté de croyances sous les formes diverses qui existent encore aujourd'hui ne règnera plus dans la partie de l'humanité qui, dans la 6ème période, sera l'élément civilisé. Chacun éprouvera qu'une totale liberté de pensée dans le domaine religieux est une nécessité proprement humaine. >>
3 << Et la troisième caractéristique sera celle-ci : les humains de cette 6ème civilisation n'estimeront posséder des connaissances que s'ils ont celle du spirituel, une connaissance qui leur dise : l'esprit est répandu dans le monde et les Âmes humaines doivent s'unir à lui. Ce qu'aujourd'hui on appelle science, et qui est teinté de matérialisme, ne sera plus du tout qualifié de science. On y verra une vieille superstition propre seulement à des êtres attardés au niveau de la 5ème période post-atlantéenne, désormais dépassée >>
<< (…) Vous le voyez, notre Science spirituelle, se donne entièrement pour tâche de préparer, en vue de la 6ème période de civilisation, les choses qui viennent d'être mentionnées. Nous essayons de la cultiver pour triompher du matérialisme, pour préparer la science de la 6ème période. Nous fondons des communautés humaines dans lesquelles ne doit régner, sous quelque forme que ce soit, aucune croyance reposant sur une autorité ; il ne faut pas qu'une doctrine emporte l'assentiment parce qu'elle est enseignée par telle ou telle personnalité. Nous fondons des communautés humaines dans lesquelles tout doit être édifié sur la libre adhésion de l'Âme aux enseignements. Par là nous préparons ce que la Science spirituelle appelle la liberté de pensée. Et en nous associant, en nous réunissant en unions fraternelles, nous préparons la forme de culture, la forme de civilisation qui doit imprégner la 6ème période post-atlantéenne. >>
Concrètement comment pouvons-nous vivre cela ?
Dans cette même conférence, R. Steiner précisera :
<< Dans la période de civilisation où nous sommes, il faut prendre conscience de ceci : la civilisation courante, la culture ordinaire doit développer en nous l'Âme de conscience ; ce doit être ce qui, depuis les 14ème, 15ème et 16ème siècles, a commencé de s'emparer des humains sous les espèces de la science, de la conscience matérialiste tournée vers le monde extérieur, et qui se répandra de plus en plus ; ce qui, une fois la 5ème civilisation révolue, aura achevé son évolution.
<< Mais ce qui doit imprégner la 6ème civilisation, c'est le Moi spirituel. Il faudra qu'il se développe à l'intérieur des Âmes elles-mêmes, comme maintenant l'Âme de conscience s'y développe. Or, le Moi spirituel a ceci de particulier qu'il suppose la présence dans les Âmes humaines des trois caractères dont j'ai parlé, et que la Science spirituelle exprime par ces mots : vie collective fraternelle, liberté de pensée, pneumatosophie. Une communauté humaine en laquelle le Moi spirituel se développe ; comme le fait à la 5ème civilisation l'Âme de conscience par le moyen de la civilisation extérieure ; cette communauté a besoin de ces trois caractères précisément. C'est pourquoi il nous est permis de nous représenter que, par notre réunion fraternelle en groupes de travail, plane invisible au-dessus de notre activité comme l'enfant des forces du Moi spirituel, de ce Moi-esprit que cultivent les êtres des hiérarchies supérieures afin qu'il puisse descendre dans nos Âmes réincarnées au cours de la 6ème civilisation. Dans nos groupes fraternels, nous accomplissons un travail qui monte comme des forces vers les Êtres des Hiérarchies qui préparent le Moi spirituel.
<< Ainsi, vous le voyez, au fond seul le trésor de sagesse de notre Science spirituelle nous permet de comprendre ce que signifie véritablement, pour nos relations avec les mondes spirituels, le fait de nous réunir en groupes de travail. Et la pensée que c'est bien là ce que nous faisons, que le travail accompli dans nos groupes ne l'est pas seulement pour l'amour de notre ego, mais bien pour que ses fruits montent vers les mondes spirituels ; c'est cette pensée qui donne à un groupe de travail sa véritable consécration. En la portant en nous, nous nous pénétrons de l'esprit de consécration qui donne son fondement à un groupe de travail comme celui-ci à l'intérieur de notre mouvement spirituel. C'est pourquoi il est d'une toute particulière importance que nous saisissions bien la signification spirituelle de ce fait.
<< Nous nous réunissons en groupes de travail qui pratiquent la Science spirituelle, la pneumatosophie ; mais en outre, parce que ces groupes veulent s'édifier sur la liberté de pensée et non sur un dogme, non sur une croyance imposée, ils se livrent aussi à un travail qui baigne dans une atmosphère de collaboration fraternelle. »
le deuxième appel
Il s’agit ici du chemin que nous avons à parcourir en prenant en considération les images que l’Ange tisse dans notre corps astral.
R. Steiner nous a parlé de ces images dans la conférence qu’il a faite à Zurich le 9 octobre 1918 (dans : « La mort, métamorphose de la vie » Triades – GA 182) (3)
Nous sommes trois ans après la conférence de Düsseldorf ; R. Steiner reprend les 3 caractéristiques de la 6ème époque sans le préciser ; cette fois, il s’adresse à toute l’humanité car il entrevoit les conséquences négatives qui ne tarderaient pas à surgir dans l’humanité si nous, les êtres humains, ne prenions pas en considération les images que l’Ange tisse dans notre corps astral.
Il décrit les trois grandes caractéristiques des images que l’Ange tisse dans notre corps astral et nous constatons qu’elles correspondent aux trois caractéristiques de la 6ème civilisation postatlantéenne.
Je ne citerai pas directement R. Steiner ; ce serait assez difficile car il s’agit ici d’une de ses conférences qu’il est nécessaire de digérer complètement du début à la fin pour percevoir ce qu’il veut nous dire concrètement. J’en donne ici un bref aperçu – celui que me fait vivre cette conférence – afin de vous inviter à la travailler personnellement ; se limiter à ce bref aperçu serait se priver d’une source de vie importante pour notre quotidien.
vie collective fraternelle
Images de fraternité pour la vie du Corps
ou
n’avoir de repos si d’autres près de soi sont malheureux
ou
voir en l’autre sa réalité tout entière
ou
s’intéresser à la vie physique de l’autre sous la force de l’esprit
liberté de pensée
Images de liberté religieuse pour la vie de l’Âme
ou
voir en tout être humain une essence divine cachée
ou
rencontrer l’autre avec un vif intérêt
ou
rencontrer l’autre dans son Je
ou
vivre la rencontre comme un acte sacré.
pneumatosophie
images d’égalité pour la vie de l’Esprit
ou
développer la compréhension irréfutable
de la nature spirituelle du monde.ou
accéder à l’esprit par la pensée
ou
franchir, grâce à la pensée, l’abîme
qui sépare de l’expérience spirituelle
Nous retrouvons bien ici les trois grandes caractéristiques de la 6ème civilisation présentées lors de la conférence du 15 juin 1915 à Düsseldorf.
Dans cette conférence du 9 octobre 1918 à Zurich (nous sommes à la fin de la première guerre mondiale), Rudolf Steiner précise clairement que l’Ange a besoin – comme d’une nourriture – que nous incorporions dans notre corps éthérique et notre corps physique, le fruit de notre travail sur ces images. L’Ange en a besoin pour sa propre évolution et pour être à même d’inspirer les humains.
R. Steiner précise que si « nous dormons » devant ces images, l’Ange les introduira de force pendant notre sommeil dans nos corps éthérique et physique, lorsque notre Moi n’est pas présent avec son corps astral. Mais comme l’Ange n’est « pas compétent » pour faire ce travail, il en résulterait de graves dommages pour l’humanité. Quels seraient ces dommages ?
pour la vie de l’Âme :
substances thérapeutiques nuisibles
pour la vie du corps :
intervention destructrice d’instincts dans la vie sexuelle.
pour la vie de l’esprit :
déchaînement de puissantes forces mécaniques néfastes servant notre égoïsme.
Dans la fin de sa conférence, R. Steiner nous dit :
<< Parler des Anges dans l’abstrait, ce ne peut être tout au plus qu’un commencement ; pour avancer, il faut parler concrètement dans le contexte de notre époque. Cela nous concerne tout simplement parce que l’Ange tisse dans notre corps astral des images qui doivent engendrer les formes de l’avenir ; ces formes nouvelles doivent être l’œuvre de notre Âme de conscience. Si nous n’avions pas l’Âme de conscience, nous n’aurions pas besoin de nous soucier, d’autres Hiérarchies entreraient en scène pour accomplir l’œuvre de l’Ange (…) comme du temps de la clairvoyance atavique ou les humains tissaient un voile sombre qui obscurcissait les actes des Anges. Maintenant, il faut que l’homme lève ce voile. C’est pourquoi, il ne faut pas qu’il dorme vis-à-vis de ce qui est introduit dans sa vie consciente à l’époque qui se terminera avant le troisième millénaire encore. Ne puisons pas seulement des enseignements à la science spirituelle ; tirons-en aussi des résolutions ! elles nous donneront la force d’être des veilleurs >>.
Comment procéder pour incorporer ces images dans nos corps éthérique et physique ?
L’expérience m’a appris que c’est un processus de persévérance, de répétitions, de rythmes. Par cette persévérance, nous métamorphosons nos corps, de jour en jour. Mais ce n’est pas à force de volonté ordinaire que nous opérerons cette métamorphose ; les seules forces qui peuvent conduire cette métamorphose ce sont des forces volontaires issues du cœur ; plus simplement : nous ne pourrons opérer cette métamorphose que si nous sommes animés par un amour qui s’approche de l’amour créateur des origines. Avec le développement de l’Âme de conscience, nous entrons dans une nouvelle phase de notre évolution : celle de prendre une part active à notre création.
le troisième appel
C’est celui que je vois dans les nombreuses conférences que fit R. Steiner sur le Karma à la fin de sa vie. Pourquoi cet empressement ? Pourquoi nous a-t-il donné des exercices pour découvrir les liens karmiques entre nous ?
J’y vois une aide pour la mise en pratique des trois caractéristiques citées ci-avant ; à savoir : vie collective fraternelle, liberté de pensée, pneumatosophie.
Entre autres, nous pouvons y voir le véritable sens de la vie collective fraternelle :
<< Nous avons assez parler de connaissances, il s’agit maintenant de cultiver les forces du cœur >>. Il a aussi dit (dans « Initiation ») : << Quand tu as fait un pas dans la connaissance, fais immédiatement trois pas dans ton développement personnel >>.- Il ne s’agit plus de communautés construites sur le sang d’une nation – comme cela se vivait encore fortement dans le peuple Russe – mais d’une communauté construite sur l’esprit. (voir entretien du Christ avec Nicodème).
- Une vie collective fraternelle suppose une communauté animée par les forces du cœur, par la chaleur du cœur. Dans une conférence qu’il donna à Vienne (dont je ne retrouve plus les références) R. Steiner disait en substance :
Dans la conférence qu’il donna à Pforzheim le 7 mars 1914 (dans « Préfiguration du Mystère du Golgotha » - GA 152 - aux EAR), R. Steiner annonce que le Christ interviendra prochainement pour que s’éveille la faculté du souvenir : le souvenir de ce qu’Il a fait dans l’évolution et le souvenir de nos incarnations précédentes. Mais pour que cette faculté du souvenir puise naître en nous, il est indispensable que nous soyons vraiment imprégnés de l’impulsion du Christ. Voici comment R. Steiner formule cette mise en garde :
<< Comme la plante prépare le germe de la plante future, apprenons à ne pas nourrir notre sentiment seul des fruits hérités des incarnations précédentes, mais à ressentir, à comprendre comment passer aux incarnations suivantes. Notre faculté du souvenir serait faible dans nos incarnations futures si nous ne nous imprégnions pas de l'impulsion christique. Le penser n'est encore imprégné que dans d'infimes proportions de l'impulsion christique et déjà celle-ci est aux portes du souvenir. Apprenons de la science de l'esprit à ne pas vivre seulement pour l'homme qui passe en ce monde, qui vit entre naissance et mort, apprenons à vivre pour celui qui passe par une succession continuelle d'incarnations. Et apprenons grâce à la science de l'esprit ce que peuvent être pour nous, si l'Âme de l'homme veut vivre pleinement sa vie, la compréhension et l'intelligence justes, le ressentir juste, le sentiment juste de l'impulsion la plus puissante qui soit dans l'évolution de l'humanité tout entière : l'impulsion de Christ. >>
§2
La rencontre initiatique
aujourd’hui
Ici, je vais témoigner en m’appuyant sur mes propres expériences. Je les ai commencées, avant de découvrir ces textes de R. Steiner ; je les ai faites sur base de ce que « je suis » et sur base des autoanalyses auxquelles elles me renvoient.
C’est au cours de ces analyses que je me suis rendu compte que j’avais tendance à me comporter dans la ligne de l’évolution pressentie par R. Steiner. Je reconnais que cette prise de conscience – que je pourrais appeler « mise en concepts d’un vécu » – m’a donné des forces pour aller plus avant et plus en profondeur ; je ne pense pas que j’aurais pu vivre aussi pleinement ce qui suit et l’exprimer avec la même force sans être passé par cette prise de conscience.
Je dois ici témoigner de la profondeur de la mise en garde de R. Steiner qui attire notre attention sur la nécessité de mettre en concept toute expérience profonde (que ce soit en imagination, inspiration ou intuition) ; car, dit-il, sans cette mise en concept, nous ne pouvons en immortaliser les fruits pour notre propre évolution et nous ne pouvons en témoigner pour que les autres en tirent profit.
*
Qui est la personne que je rencontre ?
C’est un être humain – comme moi – en qui « Christ a établi sa demeure », ainsi qu’il l’a dit. En passant par Golgotha, Christ s’est mis à la disposition de chacun de nous ; il est dans le plus grand sage comme dans le plus grand criminel. La différence entre les deux, c’est que l’un s’efforce de le suivre et l’autre l’ignore ; « Si tu le veux, suis-moi », a-t-il dit.
Ainsi lors d’une rencontre, je rencontre Christ au travers de cette personne vers qui je vais ou qui vient vers moi. Comment cette rencontre peut-elle se vivre ?
Si je vois le Christ en elle ; si je vois le « Je-Esprit » individuel qui se développe en elle, je peux vivre cette rencontre suivant la quadripartition des Mystères. Je suppose ici que la personne rencontrée a atteint aussi cette conscience. Il s’agit donc d’une rencontre entre deux « Je » qui commencent à être conscients de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font. (Cette hypothèse n’exclut pas pour autant les « vraies » rencontres avec une personne non consciente – Cette hypothèse est prise pour faciliter la rédaction de ce document)
1er aspect
Tous deux, animés par Christ en eux, sont porteurs de certaines substances christiques (substance de pensée, substances de sentiments, substance d’actes). Ils sont porteurs d’un corps astral christifié en partie.
C’est le temps de la « Présence de ce qui est ».
2ème aspect
Tous deux sont en état d’offrande ; ils font don de leur propre substance ; c’est un acte sacré (sacri-fice). Tous deux accueillent la substance de l’autre ; donner-recevoir.
C’est un temps de « Transparence ».
3ème aspect
Chacun laisse vivre en soi ce que vit l’autre ; chacun discerne ; chacun ne veut obéir qu’à lui-même ; chacun prendra en lui tout ou partie des substances offertes qu’il juge devoir prendre : transsubstantiation.
C’est un temps de « Tendresse ».
4ème aspect
Une communion naît entre les deux êtres ; ensemble, ils marchent vers le Un.
C’est un temps d’ « Intimité ».
Ainsi donc, nous retrouvons la quadripartition de la Messe telle que Christ ressuscité l’enseigna à ses disciples. Cet enseignement – comme nous l’avons vu – ne fut plus compris après le 4ème siècle et la célébration de la Messe devint de plus en plus une commémoration qui perdait sa force de vie.
La célébration de la Messe a-t-elle vécu ? Est-elle appelée à se métamorphoser en une célébration plus vivante ?
La Messe – comme tout culte de Mystère – est une rencontre ; une rencontre entre le Christ et des êtres humains par le canal ou l’aide d’un prêtre.
Aujourd’hui alors que la conscience se développe, alors que l’être humain prend conscience que Christ l’habite et que son Âme est appelée à déverser Christ dans son « Je », une célébration qui le relie au Christ par le prêtre perd progressivement de son sens.
Ce qui naît, c’est une reliance au Christ non plus par le canal d’un prêtre officiant mais par une relation directe ; mais aussi par une relation avec autrui qui – tout comme lui – a Christ en lui. C’est en voyant le comportement d’autrui que je découvre Christ.
Ainsi lors d’une rencontre en groupe, nous sommes des êtres – morceaux d’Osiris – qui, ensemble, s’engagent, dans une totale transparence, à devenir Christ par la force d’une collectivité fraternelle où chacun est conscient du « Je » qui se lève en chacun et où chacun vit son quotidien sur les réalités de l’Esprit.
En écrivant ces lignes, je revois intérieurement la Cène de Léonard de Vinci . Quand ce tableau a été peint, nous étions à l’aube du développement de l’Âme de conscience ; nous étions aussi à l’aube de la plongée dans le matérialisme le plus profond de notre histoire ; c’est le moment où – comme le fait remarquer R. Steiner – des peintres inspirés vont nous laisser des œuvres qui seront un réconfort pour les temps futurs du matérialisme.
Oui,
vraiment ce tableau est un réconfort ; il m’apparaît comme l’image de
ce que je viens d’écrire.
Les douze sont présents ; ils échangent entre eux, trois par trois exprimant chacun ce qu’ils vivent ; Christ est au milieu d’eux les inspirant et harmonisant en silence leurs échanges. Christ permet de relier le passé au futur.
Ce tableau est vrai pour tous les temps que nous vivrons depuis Golgotha. Aujourd’hui, ceux qui se réunissent – avec Christ au milieu d’eux – découvrent leur « Je » qui cherche à se faire accepter par leur Âme ; ce seront de moins en moins des « ego » qui s’exprimeront mais des « Je ».
Douze constellations ; douze points de vue. Plus nous travaillons notre corps astral, plus nous faisons place à l’Âme paradisiaque ; ainsi la partie saine de notre corps astral pourra – comme jadis cette Âme paradisiaque – s’offrir aux Hiérarchies des douze constellations afin de recevoir leurs forces que le « Je » en chacun activera. C’est ainsi que, d’âge en âge, nous construirons l’unité en nous et parmi nous.
Certes, nous ne sommes pas toujours 12 ou davantage lors de nos rencontres ; il y a aussi ces rencontres en tête à tête où l’atmosphère de la « cène » peut prévaloir si nous le voulons.
C’est ainsi que nous pouvons élargir notre compréhension des paroles du Christ : « Là où deux ou trois seront réunis en mon nom, je serai au milieu d’eux ».
*
Dans la personne que je rencontre, je peux découvrir des aspects qui ne me plaisent pas ; c’est peut-être une image de moi-même qu’elle me renvoie ; c’est peut-être une image de ce que j’ai été ; c’est peut-être ce qui n’est pas encore christifié en elle ou en moi ; peu importe : cela ne m’empêche pas de voir Christ en lui et une invitation pour ma propre évolution ou celle d’autrui.
Si je me mets à critiquer cette personne, à la mépriser, à rejeter ses paroles, ses sentiments, ses actes, si je ne prends pas la peine de discerner ce qui vit en elle, je cours le grave risque de ne pas découvrir en elle une nourriture pour mon Âme. Il en va de même si, aveuglé par des préjugés, je n’ai pas le courage de me remettre en question.
Nous sommes arrivés à ce point de l’évolution où le « Je-Suis » peut se saisir de sa propre évolution à la condition que son Âme le laisse faire !
***
Je viens de caractériser un aspect de nos rencontres avec le Divin-non-incarné et de nos rencontres entre nous les Hommes-divins-incarnés. Nous pourrions découvrir encore bien d’autres aspects dans ces rencontres.
Par ailleurs, il y a toutes les autres « rencontres » : rencontre avec l’animal, le végétal, le minéral ; rencontre avec l’Esprit qui vit en eux ; rencontre avec l’Esprit de l’aliment que je consomme ; rencontre avec l’Esprit du remède que j’absorbe. En réalité, la vie n’est que rencontres. Et la Messe – les quatre temps des Mystères – entre ainsi, sous cet aspect, dans une autre forme ; car c’est à nous les hommes, qu’il revient d’élever ces règnes de la nature tout en vivant un réel donner-recevoir. Nous pourrions examiner cela une autre fois. Toute rencontre se métamorphose progressivement en célébration.
***
Hier soir, je me demandais si j’avais terminé ce document sur la rencontre ; je n’étais pas à l’aise ; je me posais certaines questions notamment celle de savoir si je m’étais suffisamment exprimé pour que le lecteur comprenne le lien que je faisais entre la rencontre et les facultés de la 6ème civilisation ou les fruits issus des images que l’Ange tisse dans notre corps astral.
Ce matin au réveil, dans ma méditation quotidienne, cette question me revint ; la réponse qui monta en moi fut de me dire que je ne pouvais aller plus loin pour préciser ce lien ; certaines zones d’ombre devaient subsister dans ce lien afin de laisser au lecteur la possibilité d’une recherche libre et consciente ; aller plus loin serait aller à l’encontre du principe que requiert notre époque : le principe d’éveiller dans une entraide mutuelle et non le principe de vouloir convaincre. C'est aussi pourquoi, j'ai besoin d'entendre vos idées personnelles; merci de me les faire connaître.
Une autre question monta en moi : « N’ai-je pas été trop abstrait en présentant la " quadripartition " de la rencontre vers laquelle nous allons ? Quelle résonance aura chez le lecteur le mot " substance " ? Dois-je en parler davantage ? » Je me souvenais de mes premières recherches, il y a trente ans, quand je découvris le mot " substance " dans le langage ésotérique.
Substance, c’est ce qui se tient derrière une chose ; c’est ce qui lui donne son existence….
Ce matin, face à cette question, je me mis à rechercher ce qu’il y avait derrière la pensée, le sentiment, l’acte que j’offre en témoignage lors de la rencontre.
La réponse me vint par le souvenir de ce que j’avais revécu, ce matin immédiatement au réveil, avant de penser à ce texte ; j’avais revécu intérieurement un « don-acte » que, il y a quelques jours, j’avais offert à une personne. Hésitant sur l’accueil qu’elle lui faisait, je lui avais demandé si cela correspondait à son attente et elle m’avait répondu : « Ca fait du bien ». Cette réponse me remplit de bonheur, moins dans mon égo que dans mon coeur que je sentis se remplir de chaleur.
C’est ainsi que, lorsque je me posai la question de savoir ce qu’était cette substance dont on se fait don lors de la rencontre, je fus transporté vers cette expérience et découvris que cette substance c’était la chaleur du cœur, la chaleur des origines ; c’était un peu de cette chaleur du don des Trônes aux Chérubins .
La substance échangée lors de nos rencontres, c’est un peu de cet amour primordial, de cet amour des origines, de cet amour de l’Âme paradisiaque, de cet amour de l’Âme nathanéenne, de cet amour créateur, de cet amour dont tout tire son origine. Il nous revient de veiller afin de l’amplifier de plus en plus.
***
Un exemple concret : Dès la première rencontre lors de mon séminaire d’introduction à l’anthroposophie, je présente cette quadripartition de la rencontre ; ainsi chacun peut découvrir en lui-même quel va être son comportement dans le groupe. Progressivement, au cours des rencontres cette conscience de la quadripartition se développe concrètement ; elle passe par le sommet lorsque, après la présentation de l’incarnation de l’Être solaire, les participants arrivent à la conscience concrète de ce qu’est la présence du Christ en soi et en autrui. Le caractère sacré de la rencontre commence à se vivre.
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Je terminerai avec ces quelques paroles de R. Steiner extraites de sa conférence du 22.12.1909 (dans « Impulsion du Christ et conscience du Moi » GA 116 Triades) :
<< Ce que l'investigation spirituelle a de bénéfique, ce n'est pas de répandre ces doctrines, c'est de s'occuper d'elles intimement et à fond sans se lasser d'en connaître les détails, et de les rendre actives dans l'Âme. Car au fond, la simple croyance à la réincarnation et au karma ne conduit pas à grand-chose. Entre un homme qui en a la notion intellectuelle et un autre qui ne l'a pas, la différence n'est pas si grande par rapport aux véritables profondeurs de la vie. Lorsque l'Âme s'absorbe non seulement dans les idées générales de l'anthroposophie, mais aussi dans les réalités profondes qu'elle révèle, c'est alors vraiment qu'elle se transforme.
Voilà pourquoi il est bon que nous ayons sans cesse des échanges pour chercher ensemble à comprendre les faits de la vie. Savoir en général que la grande loi du destin rattache les actes, les impressions et pensées d'une vie passée à nos expériences présentes et futures ne suffit pas; la science spirituelle devient une affaire vitale à partir du moment où nous savons appliquer ses doctrines aux expériences vécues, où nous sommes en mesure de diriger le regard de l'Âme vers le point d'où la vie est vue autrement >>.
C’est aussi ce que R. Steiner appelait : « Eveil au contact du Je d’autrui »
avril 2003
légèrement revu en février 2004
Notes :
(1) (3) : Vous pouvez vous procurer ces livres en vous adressant à IDCCH-LIVRES, 12, Rue du Centre à 5060 Auvelais. Tél. / Rép. / Fax : 071 74 16 88.
Son Site Web : (liste des livres et activités) : http://users.belgacom.net/idcch
Son adresse é-mail : idcch@belgacom.net
(2) : Si vous avez des difficultés pour vous procurer cette conférence qui, à ma connaissance, n’a pas été publiée en français par les éditeurs anthroposophiques, je peux vous en faire parvenir une copie sous forme d’un petit livret qui est la reproduction d’un document édité par La Société Anthroposophique en France en 1975 ; en 1993, j’ai demandé à cette Société l’autorisation de reproduire ce document qui, outre la conférence faite à Düsseldorf, contient de nombreux extraits de conférences faites par R. Steiner lors d’inaugurations de Branches.
Pour la recevoir par La Poste, il vous suffit de verser 5 euros au CCP : 001-1373478-55 de Eveil en Rencontres, 12, Rue du Centre à 5060 Auvelais avec la mention « Brochure 15.06.1915 ». Pour les envois hors Belgique, cliquez dans la page d'accueil sur "Présentation du Site" et voir en bas de page les conditions. Ajouter les frais de port : 1,50 euros pour la Belgqiue et 2,00 euros pour l'étranger.
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Première éditon : 21 avril 2003
Dernière révision : 17 février 2004
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